« On est vraiment chanceux au Québec, nos livres jeunesse sont débiles. »

En navigant sur Instagram aujourd’hui je suis tombée sur un post qui m’a interpellée. Il reprenait un article publié sur Le Devoir, un journal québécois, où la journaliste Lisa-Marie Gervais évoque le puritanisme américain en matière de lectures jeunesse… et une certaine exception française (francophone plutôt) en la matière.

 

Le devoir livres jeunesse francophones sur le marché américain

Le Devoir “Les livres jeunesse d’ici jugés trop audacieux pour le marché américain”

“La tribu qui pue” n’a pas sa place sur le marché américain

Publié aux éditions les Fourmis Rouges en France et La courte échelle au Québec , ce livre jeunesse n’a pas, jusqu’ici, trouvé preneur auprès des éditeurs du marché américain.

Ecrit par Élise Gravel et illustré par Magali Le Huche  (à qui j’avais déjà consacré un billet pour le livre-jeu Jean-Michel contre vents et marées ) , c’est l’audace du livre qui semble-t-il pêcherai … et empêcherai donc sa sortie sur le marché US.

D’où vient le problème  ? Les petits personnages sont des enfants qui vivent zizi au vent et fesses à l’air dans les bois … too much pour les publics américains.

Je n’ai pas encore lu ce livre du coup je ne sais pas si je l’aimerai ou pas. Le descriptif proposé par l’éditeur, Les Fourmis Rouges, me donne pourtant très envie de le découvrir :

“Un petit groupe d’enfants sales qui vivent dans des cabanes de branches avec leurs amis les animaux. …Déterminée à nettoyer les petits insolents, la directrice de l’orphelinat a tenté par tous les moyens de les attirer dans sa machine à laver.
En ce temps où les enfants sont souvent élevés loin de la nature et, sous prétexte de les protéger, avec une autonomie très réduite, qu’il est bon de lire ce texte aussi malin que les enfants qu’il présente, et de contempler les illustrations de Magali Le Huche ! Rigolade, écologie et liberté à tous les étages ! ”

Ce n’est pas tant le fait qu’ils bloquent sur la nudité . D’ailleurs, ce n’est pas ma volonté de lancer un débat à ce sujet. En réalité, ce qui m’a surpris en lisant cet article, c’est plutôt ce qui suivait : la nudité serait ” too french” .

Jugé Cute et rafraîchissant en France, aux US c’est oh my god ! C’est vraiment deux planètes.

« Dans le marché du livre québécois ou français, on fait des ovnis, des choses bizarres, plus osées, mais les éditeurs américains, eux, sont pétrifiés de terreur à l’idée de publier des affaires comme ça », explique l’auteur du livre, Élise Gravel, admettant qu’elle se doutait que son livre ne « passerait pas » en terre américaine.

« Chez les francophones, c’est drôle, c’est cute et rafraîchissant, mais en anglais c’est oh my god ! C’est vraiment deux planètes. » complète l’auteur.

Littérature jeunesse francophone – Une exception culturelle ?

D’après l’interview d’Élise Gravel publiée dans cet article du Devoir, la littérature jeunesse publiée aux Etats-Unis s’orienterai exclusivement vers des livres avec une histoire et une morale, idéalement un happy end, du sourire, du positivisme.

“Il ne faut surtout pas être baveux dans le ton, chialeux ou ironique. Les personnages doivent être cute et heureux tout le temps. »

Puritanisme et affaire de gros sous guident l’édition jeunesse aux US

Mais il n’y a pas que le puritanisme américain dans tout ça. C’est aussi une question d’argent. “Si Barnes & Noble, le plus gros libraire aux États-Unis, n’en veut pas sur ses tablettes, l’éditeur n’en veut pas non plus”, souligne Élise Gravel.

L’article rappelle également que le Canada subventionne l’industrie du livre, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. Par conséquent,  là bas c’est la loi du marché qui dicte ce qui va être publié ou pas. Si c’est un flop, c’est l’éditeur qui doit en prendre toute la responsabilité, ce qui ne laisse aucune place à la prise de risque.

Je vous invite vivement à lire cet article paru le 13 avril dernier “Les livres jeunesse d’ici jugés trop audacieux pour le marché américain

Saluons donc notre liberté d’expression et le luxe de l’audace que nous offrent les publications jeunesse francophones. Vive les livres baveux, chialeux et ironiques 😉

Vous avez envie de vous exprimer à ce sujet. Je vous invite à le faire en commentaire de ce billet. Échangeons. Ce blog est là pour lancer le dialogue et non imposer un point de vue.

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